LA VICTOIRE DU NPD, UN SECOND SOUFFLE POUR LA SOUVERAINETÉ. ALORS ON DANSE ?

par Richard Groulx
6 mai 2011 Article publié dans: | Délibération publique

La chute du Bloc, recul pour la souveraineté ? Non, plutôt le début du combat décisif pour la souveraineté. Alors que certains préfèrent s’extasier sur les succès du NPD au Québec, l’essentiel de l’événement historique que nous venons de vivre passe sous le couvert d’une analyse des humeurs partisanes : remontée de l’un ici, baisse de l’autre là. Or cet événement porte un nom, il s’agit de la division irréversible entre un Canada épris de ‘droitisation’ avec Harper et un Québec progressiste, porté plus que jamais par des enjeux sociaux d’équité et de justice. La société distincte, que les nationalistes traditionnels voulaient absolument aller chercher du côté de la langue et de l’identité, est là dans toute sa magnifique différence qui résume le combat politique à venir : celui de la reconnaissance d’une société politique souveraine qui portera le beau nom de pays Québec.

Il ne sert à rien de se désoler de l’échec d’une stratégie (celle du Bloc) perdue d’avance et qui avait fait son temps. Comme il ne sert à rien également de se lamenter sur l’inexplicable succès du NPD au Québec, alors que la stratégie usée du Bloc laissait passer des courants d’air. En particulier, celui-ci, qui a eu sa raison d’être aux lendemains des grandes batailles référendaires, dans un nouveau contexte où le parti libéral était devenu submersible, n’a toujours pas compris l’échec de sa stratégie. Prétendre que voter Bloc c’était se doter de la meilleure police d’assurance contre un gouvernement majoritaire conservateur, c’était manifestement ne rien comprendre à la dynamique politique canadienne. Ne rien voir surtout de l’effondrement, prévisible certes, du parti libéral en Ontario et dans l’ensemble du Canada, c’était s’aveugler d’une façon politique irresponsable.

Si les québécois ont voté aussi massivement pour le NPD, ce n’est pas pour rejeter le Bloc (encore moins la souveraineté politique du Québec), ni davantage comme certains commentateurs veulent nous en persuader, afin d’accorder une dernière chance au fédéralisme canadien, mais plutôt, parce qu’ils ont compris que dans la débâcle actuelle et le vent de ‘droitisation’ qui souffle au Canada, la meilleure façon de barrer la route aux conservateurs était de faire bloc sur la question de la justice sociale et de l’équité face au PC d’Harper.

Il est vrai par ailleurs que l’effondrement dramatique du parti libéral modifie considérablement le jeu politique canadien et il faut espérer que le NPD se tienne debout comme opposition loyale de sa Majesté, en reconnaissant de façon évidente que sans les votes québécois sa légitimité politique même aurait pu être compromise face au tsunami politique de droite que vit en ce moment le Canada. Par conséquent, en l’absence du Bloc à Ottawa (du moins comme parti reconnu), le NPD a l’obligation morale et politique de respecter la parole donnée aux québécois, en particulier pour tout ce qui concerne l’équité et la reconnaissance des intérêts spécifiques du Québec. Un bon test sur cette question sera celui de l’harmonisation de la TPS-TVQ, de même que celui du respect de la loi 101 en ce qui concerne les travailleurs des institutions fédérales au Québec.

Finalement, il faut prendre ce verdict pour ce qu’il est : un exercice salutaire de démocratie (surtout dans le contexte où nous sommes placés de manque de transparence et de respect du gouvernement conservateur pour le Parlement et la démocratie). Néanmoins, cet exercice nous a permis de toucher du doigt certaines limites ou carences effectives de notre mode de scrutin majoritaire à un tour (plus ou moins calqué sur le modèle britannique). En particulier, l’élection ‘contestée’ ou ‘contestable’ de plusieurs candidats ‘poteaux’ dans un contexte de vote de protestation, sans parler de l’absence de toute représentation proportionnelle qui puisse tenir compte de la réalité des suffrages exprimés. Il vaudrait alors la peine de réfléchir à la façon la plus pertinente de dépasser ces obstacles sans entraver pour autant le fonctionnement des chambres parlementaires.

Enfin de compte, s’il y a une leçon à tirer de cet événement, il concerne, non pas d’abord pour les Québécois, la scène fédérale, mais essentiellement les prochaines élections provinciales et plus particulièrement l’aboutissement de la stratégie péquiste. On espère, on ne peut plus ardemment, que ses chefs de file autorisés comprendront qu’ils font fausse route en voulant droitiser et coaliser davantage (la droite et la gauche) à la fois le programme et la stratégie péquistes. Il y a déjà trop longtemps que le PQ cède (ou a déjà cédé) aux chants des sirènes qui lui vantent les charmes de l’entreprise privée, de la privatisation des services publics et de la compétitivité entre les secteurs publics et les secteurs privés. L’éducation, la santé, l’environnement ou les ressources naturelles ne doivent pas être gérées comme peuvent l’être des entreprises privées. Elles sont au service du bien commun de l’ensemble de la population et doivent être considérées comme des investissements pour le patrimoine des prochaines générations.

A l’heure des comptes, il faudra choisir pour le PQ de proposer aux québécois, une alternative véritable au néolibéralisme mis de l’avant par le PLQ et qui tienne compte des enjeux de justice sociale et d’équité défendus à Ottawa par le NPD (sans, bien entendu, souscrire à sa conception du fédéralisme) ou alors courir le risque de s’aliéner durablement le vote des travailleurs québécois. A ce titre, il ne faudra pas se surprendre du fait que Québec solidaire bénéficie avantageusement des retombées de la vague NPD au Québec, sachant à l’avance que celui-ci a davantage de raisons que le PQ de se réjouir des succès du NPD au Québec, tout en s’alarmant de la mise en place d’un gouvernement conservateur majoritaire qui sera dirigé depuis une coalition de droite endurcie.

S’il faut préparer les conditions gagnantes d’un futur référendum au Québec, comprenons d’abord, que celles-ci devront être jugées, dans un premier temps, d’un point de vue social, équitable et démocratique, comme devant être gagnantes par l’ensemble de la population québécoise. Le jour où les familles, les jeunes et les personnes de toute condition et de toute origine comprendront qu’il y va de leur intérêt réel à voter Oui à un futur référendum, Oui pour une vie plus décente, Oui pour une égalité de chances d’accès à une meilleure vie possible, la question nationale sera chose passée, parce que chose faite. A ce titre, il faut comprendre que la question du bonheur, de même celles de l’équité et de la dignité, ne sont pas des facteurs négligeables en politique. Par conséquent, si les québécois ont pu être prompts à s’enthousiasmer pour la révolte sympathique et protestataire incarnée par le NPD, il faut que le PQ soit et devienne enthousiasmant pour l’ensemble de la population québécoise. Cela ne pourra être possible, croyons-nous, que si les prochains débats sur la souveraineté et l’avenir politique de la société québécoise sont en mesure de ‘dés-ethniciser’ les enjeux de la prochaine campagne référendaire. Un projet de citoyenneté québécoise fondé sur la reconnaissance des droits cosmopolites des personnes, des groupes et des communautés, de l’ensemble de la collectivité, pourrait représenter un premier objectif en ce sens.

Bref, il y a du travail à faire et on nous permettra d’exprimer un certain scepticisme à l’égard des orientations péquistes actuelles. Un renouveau certain du leadership, sans parler du langage politique lui-même, est tout ce qu’il y a de plus souhaitable. On se demande enfin comment faire comprendre à une certaine classe politique qu’il est plus que temps de laisser la place aux plus jeunes, à une nouvelle génération, à une vision politique renouvelée. Évitons de commettre l’erreur mortelle du Bloc et de commémorer les luttes passées, la longévité des combats menés, la dureté des efforts faits, les défaites mal encaissées, les demi-victoires célébrées.

Si la pensée magique pouvait avoir quelque influence en politique (comme cela a été visible lors de cette soirée des élections) souhaitons-nous, que celle-ci agisse telle une décharge d’adrénaline afin de comprendre qu’il est temps pour qu’un vaste mouvement de débat sur les enjeux politiques du Québec puisse apparaître et pour ce qui concerne le PQ, souhaitons encore une fois, que celui-ci en revenant à ses origines sociales démocrates, puisse se transmuter d’un parti de ‘coalition’ (gauche/droite) en devenant un véritable parti social démocrate québécois. A ce titre d’ailleurs, la pire erreur que le PQ pourrait faire dans les mois à venir serait de croire que l’élection des 58 députés du NPD ne doit rien changer à sa stratégie, ni à son programme, ni à ses alliances. Les 1,628,643 personnes qui se sont prononcées pour un changement réel sur la scène fédérale ont toutes les raisons d’être aussi exigeantes sur la scène québécoise des prochaines élections provinciales.




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La réflexion sur le renouvellement de la social-démocratie sera portée dans le cadre d’une aventure intellectuelle originale. Un consortium de recherche va se concerter pour conduire durant toute l’année des travaux qui prendront en charge l’un ou l’autre des grands questionnement soulevés par le texte de référence lancé par Benoît Lévesque, Michel Doré, Marilyse Lapierre et Yves Vaillancourt. Co-responsables, sous la coordination de l’Institut de recherche en économie contemporaine (Robert Laplante), de la mise en œuvre d’une programmation de travail qui fera une large place aux échanges et aux débats entre chercheurs et acteurs de la société civile, les membres et participants de ce consortium de recherche seront appelés à faire paraître sur le site Internet des textes faisant état de l’avancement de la réflexion. Divers événements vont ponctuer le parcours qui devrait déboucher sur un grand rendez-vous public à l’automne 2010. Le consortium est formé des membres suivants : le CÉRIUM (Pascale Dufour), la Chaire du Canada Mondialisation, citoyenneté et démocratie (Joseph-Yvon Thériault, titulaire), l’Observatoire de l’Administration publique ( Louis Côté, directeur), les Éditions Vie Économique (Gilles Bourque, coordonnateur) et de deux équipes de partenaires, dont l’une réunie autour de Denise Proulx, de GaïaPresse, et Lucie Sauvé, de la Chaire de recherche du Canada en éducation relative en environnement, et l’autre rassemblée autour de Christian Jetté de l’Université de Montréal et Lucie Dumais de l’UQAM.

 


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Editorial

L’importance, pour ne pas dire l’urgence d’organiser la réflexion collective sur l’état de notre démocratie et l’avenir de notre société devrait nous interpeller puissamment. Il se présente en effet des moments qu’il faut saisir dans l’histoire des peuples quand les vieux modèles, épuisés, atteignent leurs limites et conduisent à de nouvelles impasses. Le Québec est rendu à l’un de ses moments.



 



 

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