RENOUVELER LA SOCIAL-DÉMOCRATIE : TOUJOURS PLUS ... DE TEMPS

par Jacques FOURNIER
8 janvier 2011 Article publié dans: | Délibération publique

L’auteur est organisateur communautaire retraité. Paru dans le journal communautaire Point Sud (Longueuil) et dans La Force des sages (Association québécoise de défense des droits des retraités - AQDR) et à paraître dans la revue Simpli-cité (Réseau québécois pour la simplicité volontaire - RQSV).

La social-démocratie a parfois été présentée comme le compromis presque idéal entre le capitalisme sans cœur et le communisme sans âme. Rappelons-nous : pendant des décennies, la Suède, pour prendre cet exemple connu, a joui des bienfaits de la social-démocratie, ce qui impliquait de généreux programmes sociaux dans un système où la liberté m’était pas un vain mot.

Puis, le modèle a perdu de son lustre. Certains gouvernements qui se prétendaient sociaux-démocrates ont commencé à mener des politiques davantage néo-libérales, par exemple le gouvernement travailliste de Tony Blair où les sociaux-démocrates authentiques ne se reconnaissaient plus.

Au Québec, le gouvernement Lévesque, durant ses premières années, de 1976 à 1981, a adopté plusieurs politiques nettement sociales-démocrates. Comment pourrait-on renouveler la social-démocatie pour la rendre à nouveau attrayante et adaptée aux temps nouveaux que nous vivons ?

Un passionnant colloque international sur le renouvellement de la social-démocratie s’est tenu à l’UQAM les 26 et 27 novembre dernier.

A mon avis, une démocratie-démocratie renouvelée doit, entre autres, intégrer davantage la question de l’environnement et de l’utilisation plus judicieuse qui devrait être faite des ressources non renouvelables de la terre. Elle ne doit pas se contenter de revêtir une petite couche de peinture verte mais être teinte en vert dans la masse de son renouvellement. Devrait-on appeler cela de l’éco-social-démocratie ? Je me méfie un peu des étiquettes.

Je relie cette question de l’écologie avec celle de la lutte à la surconsommation qui ne pourra être victorieuse, dans les pays du Nord, que par un recours massif à des formules inspirées par la simplicité volontaire. Nous devrons changer notre mode de vie, individuellement et collectivement, et cela implique de se recentrer sur des valeurs autres que les valeurs dominantes du paraître, de l’avoir, de la compétition et de la surconsommation.

C’est une révolution majeure qui pourrait être proposée là. Il faudra changer le paradigme qui dit que « l’argent est la mesure de tout ». C’est un paradigme fort car il nous fait valoriser des mots comme prospérité, richesse, ces mots-fétiches, qui teintent la social-démocratie du « toujours plus » que nous avons tant recherché, en particulier comme responsables ou militants syndicaux. J’en profite pour faire ici mon mea culpa en tant qu’ancien responsable syndical local durant plusieurs années ! Ce qu’il faut maintenant rechercher, ce n’est plus le « toujours plus d’argent » mais le « toujours plus de temps de vivre », une meilleure qualité de vie, en bref.

Par quoi remplacer la maxime « l’argent est la mesure de tout » ? Par exemple, par le don, qui, pour plusieurs anthropologues et sociologues (je pense à Marcel Mauss et à Jacques T. Godbout), est une valeur aussi, sinon plus, fondamentale dans nos sociétés que l’échange. Concrètement, ce choix entraîne le développement d’une société de bénévolat, de militantisme, d’engagement citoyen et de partage. Bref, le renouvellement de la social-démocratie, pour moi, doit passer par une sérieuse remise en question de la place surfaite des échanges économiques et monétaires dans nos sociétés, avec tout le stress que cela entraîne autant dans nos vies de travail que dans la vie hors-travail.

Je crois qu’il est possible de concilier les nouvelles valeurs inspirées par la protection de l’environnement et la lutte contre la surconsommation, avec les valeurs traditionnellement attribuées à la social-démocratie qui sont la réduction des inégalités, la justice sociale, la lutte contre la pauvreté et le respect de la dignité de la personne.

Post-scriptum

Selon une recherche américaine datant de… 1974, l’argent ne fait pas le bonheur !

C’est depuis de nombreuses années que l’on sait, de façon scientifique, que l’argent ne fait pas le bonheur !

« En 1974, Easterlin (chercheur américain) montre que l’augmentation des revenus d’environ 60% entre 1946 et 1970 aux États-Unis n’a pas rendu les personnes plus heureuses. A partir d’un niveau de richesse variable selon les études, la croissance économique ne permet plus ou quasiment plus d’augmenter le niveau de bonheur et n’est donc pas la meilleure stratégie pour augmenter durablement le niveau de bonheur ».

Cet extrait vient d’un excellent article de Renaud Gaucher, intitulé « Refonder le capitalisme au moyen de l’économie du bonheur » et paru récemment sur le site Économie autrement.

On même appelé « paradoxe d’Easterlin » le fait qu’une hausse du produit intérieur brut (PIB) ne se traduit pas nécessairement par une hausse du niveau de bien-être ressenti par les individus (1) . Le paradoxe d’Easterlin est l’une des réflexions à la base de « l’économie du bien-être » (2).

Parfois, on croit que des découvertes scientifiques sont récentes : mais non, ce sont de vieillis découvertes !

(1) Easterlin, Richard A. (1974) "Does Economic Growth Improve the Human Lot ?" in Paul A. David and Melvin W. Reder, eds., Nations and Households in Economic Growth : Essays in Honor of Moses Abramovitz, New York : Academic Press.

(2) Renaud Gaucher, Bonheur et économie. Le capitalisme est-il soluble dans la recherche du bonheur ? L’Harmattan, collection « L’esprit économique », Paris, 2009.




Présentation de la coalition

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La réflexion sur le renouvellement de la social-démocratie sera portée dans le cadre d’une aventure intellectuelle originale. Un consortium de recherche va se concerter pour conduire durant toute l’année des travaux qui prendront en charge l’un ou l’autre des grands questionnement soulevés par le texte de référence lancé par Benoît Lévesque, Michel Doré, Marilyse Lapierre et Yves Vaillancourt. Co-responsables, sous la coordination de l’Institut de recherche en économie contemporaine (Robert Laplante), de la mise en œuvre d’une programmation de travail qui fera une large place aux échanges et aux débats entre chercheurs et acteurs de la société civile, les membres et participants de ce consortium de recherche seront appelés à faire paraître sur le site Internet des textes faisant état de l’avancement de la réflexion. Divers événements vont ponctuer le parcours qui devrait déboucher sur un grand rendez-vous public à l’automne 2010. Le consortium est formé des membres suivants : le CÉRIUM (Pascale Dufour), la Chaire du Canada Mondialisation, citoyenneté et démocratie (Joseph-Yvon Thériault, titulaire), l’Observatoire de l’Administration publique ( Louis Côté, directeur), les Éditions Vie Économique (Gilles Bourque, coordonnateur) et de deux équipes de partenaires, dont l’une réunie autour de Denise Proulx, de GaïaPresse, et Lucie Sauvé, de la Chaire de recherche du Canada en éducation relative en environnement, et l’autre rassemblée autour de Christian Jetté de l’Université de Montréal et Lucie Dumais de l’UQAM.

 


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Editorial

L’importance, pour ne pas dire l’urgence d’organiser la réflexion collective sur l’état de notre démocratie et l’avenir de notre société devrait nous interpeller puissamment. Il se présente en effet des moments qu’il faut saisir dans l’histoire des peuples quand les vieux modèles, épuisés, atteignent leurs limites et conduisent à de nouvelles impasses. Le Québec est rendu à l’un de ses moments.



 



 

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