POUR PARTIR DU BON PIED… LE GAUCHE

par Auteur invité
2 février 2010 Article publié dans: | Délibération publique

L’auteur invité est Jacques Julliard, historien et collaborateur au Nouvel Observateur

Où va la gauche ? Cette question est fortement discutée en France, notamment autour du déclin du Parti socialiste. Jacques Julliard, chroniqueur au Nouvel Observateur, et Denis Olivennes, qui en est le directeur général, donnent chacun leur point de vue. Après une brève analyse de l’évolution du capitalisme au vingtième siècle, ils s’interrogent à tour de rôle sur les causes de la crise du capitalisme financier et dégagent certaines voies pour l’avenir. Jacques Julliard et Denis Olivennes reprennent le débat lancé par Jean Daniel à la fin du mois de juillet 2009.

Voici, tout d’abord, l’éditorial de Jacques Julliard.

À la veille des vacances, j’ai esquissé, sous le titre "Pour une social-démocratie de combat", les réflexions que m’inspirent la crise de la gauche et le déclin de la France. Je veux maintenant y revenir en détail.

1. ADIEU AU CAPITALISME CIVILISE

Je dois dire tout d’abord que je ne regrette pas d’avoir été volontairement absent de ce concours Lépine de l’autoflagellation qui se déroule à propos du PS depuis les dernières Européennes. De ce débat oiseux et convenu, je n’ai retenu que deux réflexions, à la vérité essentielles. Celle de Marcel Gauchet soulignant que, tous comptes faits, le PS demeurait le seul parti de l’alternance. Et celle de Jean Daniel, remarquant que le PS ne manque pas tant que cela d’idées, puisqu’on les lui prend. Un peu de lucidité et de bon sens dans un océan d’inepties. J’ai été moi-même, depuis longtemps, fort critique sur l’évolution de ce parti.

Il y a un temps pour tout, comme dit l’Ecclésiaste : "Un temps pour déchirer et un temps pour coudre. Un temps pour se taire et un temps pour parler" (3,7). Or, à lire la presse, et pas seulement Le Figaro, on se demande vraiment qui gouverne la France depuis deux ans et demi. Qui est responsable du chômage. De la montée vertigineuse de la dette. Du brigandage ininterrompu des banquiers et des traders. D’une guerre d’Afghanistan perdue d’avance. Aujourd’hui taper comme un sourd, sans autre considération, sur le Parti socialiste, c’est rouler pour Sarkozy. Point barre.

Cela dit, la question qui domine toutes les autres aujourd’hui, ce n’est ni l’avenir du PS, ni celui de Sarkozy. C’est le brigandage capitaliste. Là est le changement.

Nous avons connu du temps des Trente Glorieuses un capitalisme à visage humain. A tous les salopins des Phynances, comme dit le Père Ubu à tous les maîtres du fer et du charbon, la guerre avait mis un peu de plomb dans la cervelle. Il n’était pas rare, en ces temps révolus, d’entendre des patrons parler de l’intérêt général. Des patrons, ou plutôt des "managers", selon le mot de Burnham. La plupart n’étaient pas propriétaires de leur entreprise, on n’avait pas encore inventé les bonus. Leurs interlocuteurs étaient l’Etat et les syndicats ouvriers. Le Plan, mis en place par de Gaulle à la Libération, n’était pas, à la soviétique, une réglementation de la production. C’était, pour l’essentiel, un lieu de concertation sociale. Du côté syndical, la CFTC – puis CFDT – théorisait le nouveau cours. FO approuvait en maugréant. La CGT acceptait sans trop le dire. Le secteur public accompagnait la croissance. Souvent, il la stimulait. Nous étions dans le cadre d’une lutte de classes réformiste, c’est-à-dire dans un contrat conflictuel gagnant-gagnant.

Quelle horreur ! C’est bien l’ "Etat" que vous avez dit ? Les entreprises publiques ? Les syndicats ? Et quoi encore ? Tous les facteurs bien connus, analysés depuis longtemps par les meilleurs économistes, de l’archaïsme et de la stagnation…

A un détail près. C’est que ce dispositif, que l’on qualifierait aujourd’hui de ringard, a donné les Trente Glorieuses et les grandes heures du gaullisme, quand les futurologues du monde entier prédisaient à la France la suprématie sur l’Europe et un rôle de premier plan dans le monde. Une croissance de 3 à 5 % et une montée régulière des salaires. Quels maladroits !

Fort heureusement, nous avons changé tout cela. L’Etat s’est désengagé de partout. L’Europe (de quoi je me mêle ?) nous a obligés à bazarder nos services publics. Les syndicats sont passés sous la table. Les Bloch-Lainé, les Gruson, les Michel Albert, mais aussi les Marcel Dassault et même les Sylvain Floirat ont cédé la place aux mirliflores abonnés aux pages people de Paris Match et des hebdomadaires , des plus huppés à de véritables délinquants. Ceux-là marient leurs filles comme des princesses du sang, ils ne connaissent l’Etat que pour leurs carnets de commande et leurs appels au secours en cas de crise. Et comme dit le Président de la République : "Ils font de la tune". Ils s’enrichissent, c’est vrai, mais la France s’appauvrit.

A l’image du capitalisme américain, le capitalisme français a abandonné le modèle rhénan et a renoué avec la lutte de classes la plus sauvage. Le CNPF des Ceyrac et Gandois a cédé la place au Medef d’Ernest-Antoine Seillère. Les syndicats ouvriers ont renoncé à leurs ambitions, pour se limiter à la défense stricte de leurs intérêts corporatifs. Les seuls interlocuteurs des chefs d’entreprise, ce sont les actionnaires. Leurs seuls mots à la bouche, c’est la "création de valeur" (entendez les profits) et les "retours sur investissement" (jusqu’à 15% !), mais leur seule idole, c’est l’argent. Je n’entends pas ici le capital, qui est une chose bonne et nécessaire à l’entreprise, mais le fric, celui que l’on entasse dans de modernes bas de laine, loin si possible de cet Etat français confiscateur et, disons le mot, communiste au fond de l’âme…

Donc, tout va bien. Après les folies étatistes et keynesiennes, nous avons renoué avec les sains principes du libéralisme du XIXe siècle et du capitalisme du temps de Dickens.

Tout est dans l’ordre.

A quelques détails près, à nouveau. Nous sommes entrés dans la crise économique la plus grave depuis quatre-vingts ans. Et ce n’est pas fini. L’économie de casino, gracieusement renflouée par le contribuable, est repartie comme avant. La prochaine crise pourrait être dévastatrice par ses proportions et par ses conséquences. Nous y risquons notre chemise et peut-être notre liberté.

En attendant, l’économie stagne. Les salaires piétinent. Le rôle de la France en Europe et dans le monde recule à toute allure. Le chômage monte. Les patrons s’en foutent. Dieu merci, leur portefeuille n’a pas pâti de la crise. Sarkozy fait des discours subversifs mais continue de les soutenir à bloc. Habile, mais désolant.

Résumons. Le concept d’une économie complètement autonome, dominée exclusivement par des objectifs de rentabilité financière immédiate, l’idéal ultralibéral d’une "société automatique", débouchent aujourd’hui sur une catastrophe sociale et humaine de première grandeur. En renouant avec les pires pratiques du XIXe siècle, le trafic de la main d’œuvre, l’insécurité systématique de l’emploi, le travail des enfants du Tiers-monde, le saccage de la planète, le capitalisme est devenu un Golem qui a échappé à ses maîtres, dévastant tout sur son passage. Oui, l’économie est folle, folle à lier, mais qui la liera ? L’affaire des bonus repartis, comme si rien ne s’était passé, à Wall Street, à la City de Londres, à la Bourse de Paris, montre que le capitalisme se moque du G 20 et des discours "socialistes", de Sarkozy-Guaino. Il faut arrêter ces malfaiteurs, qui sont privés de toute morale élémentaire et de tout crédit social. Il est anormal que dans un Etat civilisé où l’école, l’armée, la justice, la police, l’administration sont soumis aux lois et au contrôle démocratique, le capitalisme puisse continuer de se comporter comme le renard dans le poulailler. Il faut ramener les maîtres de la finance à des activités honnêtes, avant que tout cela ne finisse très mal

2. ADIEU LA DEUXIÈME GAUCHE !

Quelles conséquences pour la gauche ? Celle-ci, qui est capitale : le passage du capitalisme civilisé ou « rhénan », au capitalisme sauvage des actionnaires, nous oblige à reconsidérer toutes nos analyses et toutes nos pratiques politiques.

Il y eut jadis au sein de la gauche, ou plutôt sur ses marges, un courant politique qui a cherché à fournir une contrepartie à ce capitalisme civilisé, en pratiquant le compromis social-démocrate (1). On l’a appelé la deuxième gauche (2). Curieusement, en la personne de Michel Rocard et de ses amis du PSU, elle venait souvent de plus à gauche que la première. Elle ne se limitait d’ailleurs pas à ce petit groupe. Elle s’étendait peu ou prou à toute une nébuleuse de revues et d’intellectuels, où « le Nouvel Obs » tenait une place essentielle, d’associations du secteur social comme Citoyens 60, de clubs comme Jean Moulin et Tocqueville, de mouvements municipaux comme les GAM (Hubert Dubedout) et surtout du syndicat le plus actif et le plus imaginatif de l’époque, je veux dire la CFTC devenue en 1964 CFDT. Il y avait dans tous ces groupes une forte composante de catholiques de gauche, mais aussi de protestants et de juifs, tous membres actifs de la « société civile », qui n’avaient pas trouvé leur place dans une gauche sectaire et sclérosée. Il régnait dans tout ce personnel politique bis un idéalisme véritable, la croyance dans le primat de l’intérêt général et la volonté de moderniser une France qui sortait tout doucement de son passé paysan, qui réclamait des pratiques renouvelées (l’association), plus d’initiative à la base (l’autogestion) et des libertés nouvelles (le libéralisme moral, notamment à propos des femmes).

Pour avoir participé à cette aventure, j’en parle ici en toute liberté et à titre personnel. Ce fut un grand moment de notre histoire sociale et intellectuelle, contemporain et partie prenante des Trente Glorieuses. La France s’était remise en mouvement. Pour le dire très vite, le gaullisme de Charles de Gaulle sur le plan politique et Mai-68 sur le plan culturel furent la traduction de ce courant qui contournait la politique traditionnelle, transcendait les clivages, pour donner la première place à ce que l’on appelait alors les « forces vives » du pays. Ce mélange de réalisme et de romantisme restait électoralement minoritaire, mais il colorait la vie publique d’une ambition et d’un projet conformes aux valeurs historiques de la gauche.

Eh bien ! La deuxième gauche est morte. Le néocapitalisme l’a tuée. Moins à cause de la caution, que je ne saurais approuver, qu’un Kouchner ou un Rocard donnent à la politique de Sarkozy. Et dans le cas du second, en contradiction avec les remarquables analyses qu’il donne de la crise, souvent proches de celles que je présente ici. Mais parce que la deuxième gauche n’a plus d’interlocuteurs valables, plus de partenaires pour passer un compromis social. On peut discuter de la justice sociale, des étapes nécessaires, de l’avenir de la France avec des managers, des technocrates, des hauts fonctionnaires, des syndicalistes, des militants, des intellectuels ; pas avec des actionnaires, qui n’ont qu’une question à la bouche : combien ? Pas avec les barons pillards de la Banque et des Affaires qui, comme Sganarelle à la fin du « Don Juan » de Molière, restent seuls en scène à s’égosiller : nos gages ! Nos bonus ! Nos stock-options !

Voulez-vous que je vous dise la vérité toute nue ? Depuis vingt ans, nous avons perdu la bataille idéologique, faute de l’avoir menée. Je ne regrette rien de ce qui a été fait. Avec de Gaulle, avec Mai-68, avec la deuxième gauche, nous avons fait de la France un pays moderne prêt à mordre dans l’avenir. Mais nous avons négligé la bataille politique, abandonnée aux médiocres et aux ambitieux. Nous avons négligé la bataille idéologique, abandonnée à la stérilité gauchiste et à l’hypocrisie libérale. Nous nous sommes retrouvés avec un bilan magnifique, dont la droite libérale s’est emparée pour s’en servir comme d’un bouclier et pour le saccager. L’horreur économique, nous n’avons rien fait pour la conjurer. Pis : nous avons parfois donné l’impression de la tolérer.

Et pourtant ! Si la deuxième gauche est morte, l’esprit qui l’inspire, depuis les non-conformistes de la Révolution française en passant par le syndicalisme d’action directe de la vieille CGT jusqu’à la minorité Reconstruction au sein de la CFTC-CFDT, lui, n’est pas mort. Il est plus que jamais vivant à l’état de germe dans toutes les couches de la société française. Il est fait d’esprit de révolte, de non-conformisme, d’exigence de justice et d’horreur de la bureaucratie. Il est à la fois libertaire et chrétien, organisateur comme Saint-Simon, fédéraliste comme Proudhon, social-démocrate comme Jaurès et Blum, fier et libre comme la Commune de Paris. Il faut maintenant lui donner un nouveau contenu politique et culturel.

3. QUE FAIRE ? POUR UN SOCIALISME MORAL

Oui, que faire ? Je ne vais pas ici esquisser un programme. Je n’en ai ici ni la place ni à moi seul les moyens. C’est notre tâche collective, au « Nouvel Observateur » et ailleurs, pour les mois à venir. Pour ne prendre que quelques exemples, c’est sur l’éducation, la justice, la politique fiscale, la réduction de la dette que nous sommes attendus en priorité : que l’on ne nous dise pas que dans tous ces domaines Nicolas Sarkozy pratique une politique de gauche ! Nous avons aussi à entamer une analyse et une réflexion en profondeur sur le statut de l’argent dans nos sociétés. Je me contente donc d’indiquer brièvement quelles sont, à mon avis, les conditions préalables à un renouveau.

D’abord, reprendre à notre compte la bataille intellectuelle que nous avons, je l’ai dit, trop longtemps négligée. Si le brigandage financier dont la France est aujourd’hui la victime continue de jouir de l’impunité, c’est parce que les Français se sont laissé convaincre que les brigands travaillaient pour eux. Que les retombées sociales de la cupidité de quelques-uns étaient, en définitive, bonnes pour la collectivité. Comme dans « la Fable des abeilles », de Mandeville, les vices privés (la rapacité) font les vertus publiques (la croissance).

Tout cela est faux, archifaux. La crise que nous vivons, et qui n’en est qu’à ses débuts, en est la preuve. Ne nous contentons pas de stigmatiser les salaires démentiels, les bonus, les parachutes dorés. Cela, même Sarkozy en est capable. Quitte à ne rien faire. C’est l’idée même de ce capitalisme hors sol, hors production, fondé exclusivement sur la spéculation, qu’il faut déraciner, expulser des cerveaux formatés par le bourrage de crâne ultralibéral. Tout cela implique, pour la gauche, des mesures que je n’ai pas le temps de détailler : la nationalisation du crédit, la taxation à 95% des très hauts salaires ou leur plafonnement. Et surtout la régularisation de ce crédit. Il veut bien se faire renflouer par le contribuable, mais ne prend aucun risque pour financer, comme c’est sa fonction et son devoir, les entreprises qui en ont besoin. Je le répète : quand on aura appelé les spéculateurs par leur nom, celui de sangsues de la société, quand tout le monde sera convaincu de la nocivité de cette économie de casino, il ne sera pas si difficile d’y mettre fin.

« Laissons venir le temps,

l’inconnu formidable

Qui tient le châtiment

caché sous son manteau. » (Victor Hugo)

Il faut ensuite tout faire pour favoriser l’unité syndicale. A défaut d’une unité organique, nécessaire à moyen terme, une unité d’action fondée sur des objectifs clairs et peu nombreux. Les divisions syndicales actuelles, dues à la guerre froide ou aux questions confessionnelles, sont désormais sans objet. Seule l’indéracinable tendance des bureaucraties à persévérer dans leur être permet de comprendre le ridicule de la situation actuelle : sept centrales syndicales (les Sept Nains) pour 7% de syndiqués. Mais où est Blanche-Neige ? Ma conviction est que le redressement de la gauche ne viendra pas, dans l’immédiat, du monde politique, mais d’un coup de grisou dans les confortables tranchées du syndicalisme de représentation.

Alors seulement on pourra recommencer à s’occuper du Parti socialiste, qui reste, bien entendu, au coeur de toute coalition de gauche se présentant comme une alternative au pouvoir absolu de financiers dévoyés. Sa crise, on le sait, est d’abord une crise de leadership. Ma conviction est qu’il faut aujourd’hui sauter une génération. Un Fabius, un Strauss-Kahn sont beaucoup trop compromis avec l’ancien système économique dominant pour incarner le renouveau. Quant à Ségolène... on ne la remerciera jamais assez d’avoir sonné la charge. Mais depuis la présidentielle, que de temps perdu, abîmée qu’elle est chaque jour davantage dans les eaux mouvantes de la peopolisation. De Montebourg, je ne dirai rien, ne sachant pas huit jours à l’avance ce qu’il pensera, et où il sera. Le sait-il lui-même ? Manuel Valls a son franc-parler, une bonne présence sur le terrain, la conscience des problèmes essentiels. Mais une trop faible capacité de proposition. Vincent Peillon a de l’étoffe, mais quand en fera-t-il un habit ? Et Hollande ? Ah ! Hollande est la grande inconnue. Changer le nom du PS ? A quoi bon ?

« Socialisme » n’est pas un mot déshonoré, comme l’est « communisme ». Et ce n’est pas en requalifiant la maladie que l’on guérit le malade. Je veux noter seulement une chose : c’est l’incapacité du Parti socialiste français à produire ses propres leaders. Jaurès, Blum, Mitterrand ne sont pas nés dans un berceau socialiste. Pour diriger ce parti et le conduire à la victoire, il y a peut-être plus de talents dehors que dedans.

Enfin, mais c’est sans doute par là qu’il faut commencer : il faut redonner au socialisme sa dignité morale. Derrière le ballet indécent des prétendants, je vois beaucoup d’ambitions personnelles, très peu d’ambition pour la France. La faillite de nos élites est d’abord, comme dans toutes les grandes épreuves qu’a traversées ce pays, de la guerre de Cent Ans à la déroute de mai-juin 1940, une faillite morale. La France a connu tout au long de son histoire trois systèmes moraux qui, sans s’identifier, se complétaient. Le système moral aristocratique, fondé sur le dévouement. Le système chrétien fondé sur la charité. Le système ouvrier et socialiste, fondé sur la solidarité. Ces systèmes avaient en commun de privilégier le collectif par rapport à l’individuel. Avec l’avènement de la bourgeoisie, l’individualisme a pris le pas sur tout le reste. Aussi longtemps que les trois systèmes précapitalistes ont survécu, la société est restée vivable. La cupidité capitaliste était cantonnée, comme le voulait Adam Smith, au domaine économique. Aujourd’hui où ces trois morales sont moribondes, l’individualisme capitaliste détruit tout lien social. La société est en train de devenir impossible. C’est pourquoi il ne saurait y avoir désormais de socialisme que moral, il ne saurait y avoir de révolution, comme disait Charles Péguy, que dans l’appel d’une tradition dégradée à une tradition plus haute.

Beaucoup de lecteurs nous écrivent pour nous demander des raisons de vivre et d’espérer. Ce sont là des articles que nous ne tenons pas en boutique. Ami lecteur, camarade déboussolé, c’est en vous, pas au PS, ni même au « Nouvel Obs », que vous trouverez la conviction qu’est encore possible une gauche que nous puissions aimer et servir. Je viens de passer quelques jours avec Léon Blum, dont la stature intellectuelle et la hauteur de sentiments dominent le socialisme français depuis Jaurès et me renforcent dans ma conviction : je vous laisse avec deux pensées de ces deux grands hommes. Jaurès : « L’Histoire ne dispensera jamais les hommes de la vaillance et de la noblesse individuelles, car le niveau moral de la société communiste de demain sera marqué par la hauteur des consciences. » Blum : « Je suis convaincu que la France a beaucoup plus souffert de l’altération des moeurs politiques que du discrédit des institutions politiques... Je suis convaincu que cette régénération morale est une des conditions, un des éléments du renouvellement de la France. »

Après cela, il n’est plus que de se taire et d’agir, car chacun a compris que quelque chose venait d’être dit.

On trouve la version complète de ce texte sur le site du Nouvel Observateur




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La réflexion sur le renouvellement de la social-démocratie sera portée dans le cadre d’une aventure intellectuelle originale. Un consortium de recherche va se concerter pour conduire durant toute l’année des travaux qui prendront en charge l’un ou l’autre des grands questionnement soulevés par le texte de référence lancé par Benoît Lévesque, Michel Doré, Marilyse Lapierre et Yves Vaillancourt. Co-responsables, sous la coordination de l’Institut de recherche en économie contemporaine (Robert Laplante), de la mise en œuvre d’une programmation de travail qui fera une large place aux échanges et aux débats entre chercheurs et acteurs de la société civile, les membres et participants de ce consortium de recherche seront appelés à faire paraître sur le site Internet des textes faisant état de l’avancement de la réflexion. Divers événements vont ponctuer le parcours qui devrait déboucher sur un grand rendez-vous public à l’automne 2010. Le consortium est formé des membres suivants : le CÉRIUM (Pascale Dufour), la Chaire du Canada Mondialisation, citoyenneté et démocratie (Joseph-Yvon Thériault, titulaire), l’Observatoire de l’Administration publique ( Louis Côté, directeur), les Éditions Vie Économique (Gilles Bourque, coordonnateur) et de deux équipes de partenaires, dont l’une réunie autour de Denise Proulx, de GaïaPresse, et Lucie Sauvé, de la Chaire de recherche du Canada en éducation relative en environnement, et l’autre rassemblée autour de Christian Jetté de l’Université de Montréal et Lucie Dumais de l’UQAM.

 


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Editorial

L’importance, pour ne pas dire l’urgence d’organiser la réflexion collective sur l’état de notre démocratie et l’avenir de notre société devrait nous interpeller puissamment. Il se présente en effet des moments qu’il faut saisir dans l’histoire des peuples quand les vieux modèles, épuisés, atteignent leurs limites et conduisent à de nouvelles impasses. Le Québec est rendu à l’un de ses moments.



 



 

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